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A la une : Mystère autour de "Don Juan", premier opéra mis en scène par Haneke

17.01.2006

mardi 17 janvier 2006, 15h22 --

PARIS (AFP) - Le cinéaste autrichien Michael Haneke présentera à partir du 27 janvier au Palais Garnier sa première mise en scène d'opéra, dans le "Don Giovanni" de son compatriote Wolfgang Amadeus Mozart, un travail entouré de mystère, qui s'annonce radical et controversé.

Le réalisateur ayant refusé tout contact avec la presse, peu d'informations ont filtré sur cette nouvelle production de l'Opéra de Paris, dont la première coïncidera avec le 250e anniversaire de la naissance de Mozart et qui sera donnée jusqu'au 25 février.

Homme de théâtre dans les années 1960-70, Michael Haneke, 63 ans, s'est ensuite consacré à la télévision puis au cinéma, avec des films qui scrutent les abîmes de l'âme dans des climats oppressants, tels "La Pianiste" (Grand prix du jury à Cannes en 2001) et "Caché" (Prix de la mise en scène 2005).

Le mythe de Don Juan, séducteur à la liberté fatale, n'a pas laissé indifférent le cinéaste, qui avait annoncé lors du dernier Festival de Cannes son intention de lui consacrer son prochain long métrage. Michael Haneke a aussi accepté la proposition du directeur de l'Opéra de Paris Gérard Mortier, toujours en quête d'artistes iconoclastes, de régler la mise en scène d'un nouveau "Don Giovanni".

Anxieux à l'idée de se confronter pour la première fois avec un genre - l'opéra - pétri de conventions, Michael Haneke a imposé à ses chanteurs un rythme de travail soutenu et inhabituel, avec huit heures de répétition quotidiennes.

"Il a écrit sa mise en scène point par point, comme un script, en étant impitoyable sur tous les petits détails", explique à l'AFP la soprano Mireille Delunsch, qui joue le rôle d'Elvire.

"Il prend le parti d'être dans le théâtre, mais en même temps avec le souci d'être aussi peu +opératique+ que possible et d'être dans la réalité des sentiments", poursuit la chanteuse française.

L'affiche du spectacle, qui montre un "col blanc" derrière son bureau et met en exergue le sous-titre de l'oeuvre ("Il dissoluto punito", soit le dissolu puni), donne quelques pistes sur la vision d'Haneke, que l'on attend moderne et sombre. Le metteur en scène devrait tirer le "dramma giocoso" en deux actes (1787) davantage du côté du drame que de la joie et prendre quelques libertés avec le livret de Lorenzo Da Ponte.

Ainsi, il situe son propos dans une tour de la Défense, où Zerline (la mezzo polonaise Aleksandra Zamojska) et son compagnon Masetto (le baryton serbe David Bizic) sont des gens venant faire le ménage, invités à vider les poubelles des puissants (le Don Juan du baryton suédois Peter Mattei, la Donna Anna de la soprano allemande Christine Schäfer et son fiancé le Don Ottavio du ténor américain Shawn Mathey).

L'ancienne conquête de Don Juan - dont l'acolyte Leporello sera incarné par la basse italienne Luca Pisaroni -, Elvire, "la seule amoureuse" de la troupe selon Mireille Delunsch, est une femme humiliée, battue, alcoolique. "Il y a des moments où j'en pleurerais, tellement c'est dur", confie la soprano.

Ce n'est d'ailleurs pas la statue du Commandeur (la basse britannique Robert Lloyd) qui précipitera la perte de Don Juan, mais Elvire elle-même, devenue meurtrière. Avec le chef français Sylvain Cambreling, Michael Haneke a aussi ménagé de grands silences dans les récitatifs, créant ainsi "une espèce d'immobilité dans la peur, insoutenable", témoigne Mireille Delunsch.

"Haneke va loin dans l'expérimentation de la cruauté humaine", résume la chanteuse, qui s'attend à une réaction du public "très mitigée".

AFP

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